

La pièce
Une vieille dame meurt d’une crise cardiaque, devant son poste de télévision. Quelques minutes après, elle se retrouve… dans le salon de Voltaire. Or cette dame n’est autre que la conservatrice de la bibliothèque du célèbre écrivain, jadis rachetée par l’Impératrice Catherine II et installée depuis plus de deux cents ans à Saint-Pétersbourg. L’écrivain et sa bibliothécaire commencent à prendre le thé… lorsque survient, tout droit jaillie d’une trouée de lumière, une troupe infernale : c’est Le Kain, le célèbre acteur, qui prépare une tragédie de Voltaire avec la petite nièce de Corneille et la princesse Daschkova, amie de Catherine II.
Quand on sait que surgiront encore l’ombre de Christophe Paillard, philosophe spécialiste de Voltaire et celle de Paul Méfano, musicien contemporain auteur d’un opéra intitulé Micromégas, on se demande ce qui pourra bien se jouer, finalement, dans le salon de Voltaire…
Les comédiens
Frantz HELMER est né en 1944. Après des études théâtrales à la Rue Blanche, il est d’abord mis en scène par Jean-Pierre Miquel, administrateur de la Comédie-Française, joue aux côtés de Michel Etcheverry et participe au Regard du sourd proposé au festival de Nancy, en 1971, par Bob Wilson. Il rejoint ensuite les milieux culturels des Affaires Étrangères où il œuvre pour la diffusion de la langue et de la culture françaises en montant de très nombreux spectacles. Il interprète ainsi à Moscou le rôle de Diderot dans Le Philosophe et l’Impératrice de Gérard Chambourg et, avec Luc Jorand, met en scène Pelleas et Melisande de Maurice Maeterlinck pour le centenaire de la création de la pièce, en 1993. Ses nombreuses activités le mènent successivement au Maroc, en Russie, en Albanie, en Guinée équatoriale et au Qatar.
Âgée de bientôt 75 ans, Géraldine DANAT, ancienne professeure de lettres et documentaliste à Douai, s’est investie depuis 2001 dans la direction d’une troupe amateur, La Caboche. Au programme : Molière, Feydeau, Dubillard, Jean-Michel Ribes… Elle a également assuré la mise en scène de C’est mon jour d’indépendance de Stéphanie Marchais et de L’appartement du jeune homme de Gérard Levoyer, toutes deux sélectionnées pour représenter la région des Hauts de France à FESTHEA, festival national de théâtre amateur.
Louise NOILHAC, étudiante en master d’anglais à l’Université Jean Moulin – Lyon 3, avait pratiqué le théâtre amateur durant ses années de lycée. Elle y suivait l’option cinéma et audiovisuel, grâce à laquelle elle a pu être initiée aux techniques et à la théorie du cinéma. Elle a également suivi des cours de théâtre d’improvisation. Ninon CHARLES, étudiante de musicologie et Victor DA ROCHA, en première année de doctorat de Lettres Modernes, ont un parcours similaire, ponctué de plusieurs participations à des spectacles de théâtre amateur.
Jules LAGARDE aime mettre en scène et créer des univers. Il étudie à l’Université Jean Moulin – Lyon 3 le théâtre américain et la relation entre le spectateur et la scène. Après avoir suivi un stage au Cours Florent avec Dimitri Rataud et les cours de l’école d’improvisation Kamélyon avec Zobert Houmeur, il met en scène plusieurs pièces en mélangeant musique et danse, avec la volonté d’explorer de diverses manières des histoires poétiques. Il a ainsi produit, le 30 août 2022, dans le cadre du projet Cruchaud, Les Contes de l’eau et avait également écrit et mis en scène, à la salle Paul Garcin de Lyon, en octobre 2021, L’Homme de papier.
Alois GREUTHIER s’est très tôt tourné vers la scène musicale même si le théâtre garde une place importante pour lui. Sortant du Conservatoire de Lyon et actuellement en dernière année de musicologie, il poursuit un master en « musique à l’image » ou il apprend à composer pour le film, le jeu-vidéo mais aussi pour la scène. En 2021, grâce au projet Cruchaud il expérimente, dans L’homme de papier, la place de chef d’orchestre. L’année suivante il est à la fois acteur et musicien dans Les Contes de l’eau. Le théâtre, en plus d’être une passion, est un moyen pour lui de développer et d’approfondir son rapport à la scène et au spectacle vivant. Il dispose actuellement d’un site internet et d’une page Youtube.

La mise en scène
Très enlevée, elle est le fruit d’un travail collectif dirigé par l’auteur et deux des comédiens, Jules Lagarde et Alois Greuthier. Rythme, rondes folles, musique, valse des livres sont au programme… sans parler d’un ruban qui risque bien, à force de passer de main en main, de se retrouver dans le public !
Les lieux de représentation
L’entrée des ombres sera d’abord présentée à l’orangerie du château de Voltaire à Ferney, en date du samedi 25 novembre. Voltaire avait résidé à Ferney de 1760 à 1778, avant de revenir à Paris. Le château, acquis par l’État en 1999, a récemment subi une importante restauration avant d’être rouvert au public en 2018. Il est aujourd’hui le lieu de nombreux événements culturels : c’est dans l’orangerie du château que Clément Hervieu-Léger, sociétaire de la Comédie-Française, a récemment présenté une lecture-spectacle de Sémiramis, tragédie de Voltaire.
Elle le sera également le vendredi 1er décembre 2023 à Genève, dans la maison que Voltaire a occupée de 1755 à 1760 et qui, baptisée les Délices, est aujourd’hui l’Institut et Musée Voltaire, site de la Bibliothèque de Genève. Frantz Helmer avait joué aux Délices en 2015, interprétant (déjà !) le rôle de Voltaire dans la pièce de Gérard Gruszka, Voltaire aux Délices. Il était accompagné pour lors d’Antoine Débois (Collini) et d’Isaac Genoud (Jean-Louis Wagnière).
La pièce sera naturellement présentée à Lyon, à la Maison des étudiants de la Métropole de Lyon. Elle sera également proposée au vieux château de Montbron, près d’Angoulême, là même où avait été présentée Voltaire aux Délices, de Gérard Gruszka, avec Frantz Helmer dans le rôle-titre.
Le numéro 7 d’Envolées, revue électronique issue du projet ENVOL (« ENseigner VOLtaire aujourd’hui : quand le tourisme devient un acte citoyen ») promu par la Région Auvergne Rhône-Alpes dans le cadre de son Pack Ambition Recherche 2021, sera intégralement consacré à la pièce et à ses diverses déclinaisons.
Et, pour finir, un extrait de la pièce…
La Princesse Daschkoff
Oui, monsieur Paillard, venez donc. Mais… quel est ce bruit ?
Le Kain, qui apparaît, par la trouée de lumière
Ah petite Princesse ! Vous m’abandonnez, une fois de plus. Vous me délaissez, au moment-même où…
La Princesse Daschkoff
Je vous abandonne, oui… mais vous me retrouvez toujours.
Christophe Paillard, à Larissa Albina
N’est-ce pas Le Kain ?
Le Kain, qui a entendu
Lui-même, monsieur. Pour vous servir. Et vous-même, quel masque cachez-vous donc derrière ces brassées de tulipes ?
La Princesse Daschkoff
Derrière ces roses…
Mlle Corneille
Ces œillets…
Mme Albina
Ce mimosa…
Christophe Paillard
Ah ! mesdames… Vous me gêneriez presque.
Le Kain
Que jouez-vous donc ?
Christophe Paillard
Jouer ? Mais c’est que…
Tous, sauf Voltaire
Eh bien ?..
Christophe Paillard, gêné
Eh bien je…
Tous, de plus en plus pressants
Eh bien ?..
Christophe Paillard
Eh bien… Je ne sais pas jouer !
Un cri affreux suit cet aveu. La princesse Daschkoff manque de s’évanouir. Mlle Corneille et Mme Albina s’effondrent, la première dans les bras de Le Kain, la seconde dans un fauteuil.
Voltaire, après un moment
Vous ne savez pas jouer ? Mais, monsieur Paillard, nous allons vous apprendre.
Mlle Corneille
Oh oui, quelle bonne idée ! Venez jouer avec nous !

