– D’où venez-vous ?
– Voilà bien une question stupide : nous sommes arrivés ensemble !
– Je voulais dire : quelles sont vos origines ?
– Que vous importe ?
– À moi, pas grand-chose. À nos lecteurs, en revanche…
– Nos lecteurs ?
– Les vôtres, surtout. Ils aimeraient savoir, par exemple…
– Quoi donc ?
– …d’où vous venez.
– Encore !
– Faites-leur ce plaisir.
– (soupir) Eh bien soit, vous saurez tout.
– Tout ! n’est-ce pas un peu excessif ?
– Presque tout.
– Me voilà rassuré.
– Finissons-en.
– Ou bien plutôt… Commençons.
[…]
– Votre père, tout d’abord…
– Ce sera rapide.
– Mais encore ?
– Il s’appelait Jean-Claude Ortiz, était le fils de René et Valentine Ortiz, qui habitaient Kouba, sur les hauteurs d’Alger.
– Pied-noir, donc…
– Vous êtes perspicace.
– Mais d’où venaient-ils, avant de se trouver en Algérie ?
– Cette question des origines vous obsède, décidément.
– Ortiz… c’est un nom…
– Espagnol, oui. Mes ancêtres venaient d’Alicante et de Minorque.
– Et votre mère…
– …était fille de Paul et Yvette Ducrocq, lui picard, elle bourguignonne.
– Et vous êtes né…
– …dans la région parisienne, pour vous servir.
– C’est dans cette région que vous avez toujours vécu ?
– Jusqu’à mes 22 ans, oui. D’abord à Morsang-sur-Orge, puis à Puteaux, dans le quartier de la Défense, alors en pleine construction, et enfin dans la cité de La Grande Borne, à Grigny.
– Vous n’êtes pas très loquace.
– Vous vouliez savoir d’où je viens. Vous le savez.
– Il ne me reste plus, alors, qu’à vous remercier. Mais… où êtes-vous passé ?
(Noir)
Galerie





René et Valentine Ortiz, Kouba, mars 1932.
Jean-Claude Ortiz, Kouba, 1962.
Morsang sur Orge, école maternelle Ferdinand Buisson.
Puteaux, rue de la République.
Grigny La Grande Borne.
