Pièce de théâtre accompagnée de musique et destinée à être interprétée par un seul comédien, Vacance se propose de rendre la parole à Gérald Hervé (1928-1998), philosophe et écrivain assassiné à la fin du siècle dernier à Nassau. La musique, loin de seulement souligner le discours du comédien, est appelée à dialoguer avec lui pour faire émerger une œuvre à mi-chemin du dialogue à une voix et de l’oratorio dramatique. Une tournée est prévue dans plusieurs villes de France et de Suisse dans le courant de l’année 2025.
Gérald Hervé (1928-1998) est un romancier et philosophe du vingtième siècle, né à Marseille et mort à Miami. Bien que prometteuse après son succès à un grand concours d’état, sa vie bascule le jour où un indic le dénonce comme homosexuel aux services de sécurité d’une institution publique. Cette première injustice va féconder chez lui une œuvre littéraire et philosophique, depuis Des Pavois et des fers (Paris, Julliard, 1971) jusqu’aux Hérésies imaginaires (Lausanne, l’Âge d’Homme, 1989) en passant par Le soldat nu (Paris, Julliard, 1974) et Le Mensonge de Socrate (Lausanne, L’Âge d’Homme, 1984). Sa vie bascule une seconde fois lorsqu’il est happé par les pales d’un hors-bord, sur une plage des Bahamas, en juin 1998. Transporté d’urgence dans un hôpital de Miami, il meurt quelques jours plus tard.
Commence alors le temps d’une seconde injustice : celle infligée à sa mémoire. Le conducteur du hors-bord étant le neveu d’un très riche homme d’affaires, ami de nombreuses personnalités politiques, il est rapidement disculpé. Une association se crée (Société des Amis de Gérald Hervé) et organise bientôt la publication posthume du restant des œuvres de l’écrivain : citons La Nuit des Olympica. Essai sur le national-cartésianisme (Paris, L’Harmattan, 1999), Les Feux d’Orion (Soignies, Talus d’approche, 2003) ou Orphée interdit (La Ligne d’ombre, 2021).
Le destin de cet homme qui a conquis sa liberté au prix fort, en la faisant payer en retour par ses pensées et ses fictions, constitue un défi toujours actuel et une vigoureuse source de réflexion. Il a d’abord suscité la rédaction de Slot machine, récit du procès fantôme qui a suivi ce qu’Hervé Baudry-Kruger, son auteur, nomme un véritable « assassinat ». Il est aujourd’hui à la base d’un travail de collaboration avec le jeune compositeur Aloïs Greuthier.
Vacance projette en effet de donner à entendre par la voix d’un seul comédien appelé à tenir plusieurs rôles consécutifs les divers interlocuteurs de Gérald Hervé dans ces deux moments phares, moments de véritable vacance humaine, que furent son exclusion de la marine et son démembrement sur une plage des Bahamas. Constitué de deux parties respectivement intitulées « Saigon » et « Nassau », il se propose d’engager un véritable dialogue entre voix humaine et musique sur le double modèle du récitatif accompagné et de l’illustration sonore, la musique donnant dans les deux cas une valeur ajoutée au texte.
Dans le premier d’entre eux, le texte du comédien se trouvera ponctué de commentaires musicaux qui lui donneront une assise particulière. Dans le second, la musique fera sens par elle-même et pourra prendre le pas sur le discours de l’acteur. Le genre ainsi visé oscille entre le dialogue à une voix et l’oratorio dramatique.
Le texte et la partition réalisés pour Vacance sont destinés à la fois à publication et à production. L’association voire l’imbrication du texte et de la musique appelleront une interprétation très plastique, presque chorégraphique : le choix du comédien sera dès lors déterminant. La création aura lieu à l’hiver 2024 avant une tournée prévue en 2025 et dont certaines étapes sont d’ores et déjà assurées : Lyon, Genève, Paris, Besançon et Lausanne.
Galerie







Gérald Hervé, vers 1960.
Gérald Hervé, Marseille, février 1998.
Les Hérésies imaginaires, Lausanne, L’Âge d’Homme, 1990.
Lecture de Mishima à Perros-Guirec, 1970.
Saint-Gall, début des années 1960.
Florence, éditions La Ligne d’ombre, 2017.
Des Pavois et des Fers, édition critique d’Hervé Baudry, La Ligne d’ombre, 2011.
Carnet de mémoire et d’oubli, éditions Talus d’approche, 2004.
